MAL GOUVERNANCE: Mimi épinglée par l’IGE

 MAL GOUVERNANCE: Mimi épinglée par l’IGE

La gestion de Mimi Touré au Conseil économique, social et environnemental a été passée au peigne fin par les Inspecteurs généraux d’Etat. Avant la fin de la mission, un rapport d’étape envoyé au président de la République remet en question l’utilisation d’importantes sommes d’argent, que la présidente de l’institution se faisait directement servir en espèces, au mépris de toutes les règles de la comptabilité publique de l’Etat.

Par Mohamed GUEYE – Mme Aminata Touré s’est rendue célèbre en tant que ministre de la Justice, par la hargne dont elle a fait preuve dans la traque des personnes mises en cause par la Cour de répression de l’enrichissement illicite. Elle s’était même vantée à l’époque, d’avoir pu recouvrer des montants importants dont elle avait médiatisé le versement dans les comptes du Trésor public. Et quand il s’était agi de sa propre gestion administrative et financière, notamment à la Primature et au Conseil économique, social et environnemental (Cese), Mimi Touré a souvent rétorqué à ses détracteurs que tout le monde sait que sa gestion a toujours été saine et transparente.

Voilà que Le Quotidien vient d’apprendre que dans ses fonctions de présidente du Cese, Mme Touré a été mise en cause par une mission de l’Inspection générale d’Etat (Ige), sur l’utilisation de plus de 2 milliards 136 millions au moins. L’enquête de l’Ige a, entre autres, fait ressortir «une élaboration et une exécution du budget en marge des lois et règlements en vigueur, ayant entraîné des fonds budgétisés et dépensés vers des destinations inconnues». Sans oublier, assurent les inspecteurs généraux, «une violation systématique des règles applicables en matière de passation et d’exécution des marchés publics, et la signature et le paiement de contrats de communication sans intérêt ni contrepartie valable pour le Cese».

S’agissant des dépenses vers des destinations inconnues, l’Ige a repéré dans les comptes du Cese, des comptes libellés «Fonds d’intervention sociale» débités de plus d’1 milliard 20 millions Cfa, ou «Œuvres sociales» décaissés de plus de 642 millions, ou «Aides & Secours» qui auraient coûté plus de 474 millions. L’Ige s’étonne de ce que le Cese dépense dans le «Fonds d’intervention sociale» près du sixième de son budget annuel. Et plus, en mettant la dépense sous le compte 6497 qui, dans le Plan comptable de l’Etat, est destiné aux «transferts pour liquidation de passif».

Retraits en espèces à la demande de la présidente

 

A côté de ces anomalies, les vérificateurs ont noté plusieurs retraits en liquide opérés par deux assistants de l’agent comptable du Cese. Lesdits retraits, qui vont de fin janvier 2020 à la fin de la même année, dépassent le milliard 400 millions de Cfa. Les personnes interrogées par les Ige auraient affirmé aux vérificateurs que tout l’argent «était remis à la présidente, sans aucune décharge». Mieux, «toutes les dépenses étaient exécutées à la demande de la présidente», a notamment déclaré le Directeur administratif et financier de Mme Touré aux Ige.

Ce faisant, les contrôleurs estiment que la présidente du Cese, «agissant en sa qualité d’ordonnateur du budget, a donné des ordres de paiement à l’agent comptable sans aucun service fait en contrepartie et à des fins qui lui sont personnelles».

L’autre reproche sur la gestion de Mimi Touré, porte sur les contrats de communication signés et payés par le Cese, sans intérêt ni contrepartie véritable pour l’institution. Il s’agirait de douze contrats au moins, signés avec des structures de presse «sous prétexte de rendre visibles les activités du Cese et de sa présidente». Pour les 12 contrats que les vérificateurs ont parcourus, ils porteraient sur 157 millions 880 mille 590 francs Cfa. Si l’on trouve dans la liste des organes ayant pignon sur rue, il y a surtout d’illustres inconnus comme Mosaik Motion, qui reçoit 30 millions, Al Amine Communication, qui se contente d’un peu plus de 6 millions, ou de Niang Communications services, qui décroche pourtant près de 16 millions. L’Ige note que le Daf a assuré avoir refusé de payer les dernières échéances des contrats, «parce qu’il n’a pas été constaté de prestations de la part des éditeurs de presse bénéficiaires».

Il faudrait noter que le document de l’Ige, que Le Quotidien n’a pu que très brièvement parcourir, n’est qu’une note d’étape. Les inspecteurs indiquent qu’elle se justifie quand, au cours de leur travail, ils constatent des faits graves qui demandent que des mesures urgentes soient prises pour sauvegarder les intérêts de l’Etat, ils la produisent pour permettre au chef de l’Etat de prendre des mesures idoines. Ce qui veut dire que le rapport définitif n’était pas encore disponible quand cette note a été produite. On a également noté l’absence de réponse de la principale concernée à cette étape de l’enquête.

Mais les Ige l’ont pourtant contactée, et elle leur aurait servi une réponse verbale, disant que tout le monde sait que sa gestion a toujours été transparente partout où elle est passée. Néanmoins, certains de ses proches affirment qu’elle aurait servi une réponse écrite à l’Ige, en date du 27 mai 2022.

 

 

Nos tentatives d’obtenir cette réponse n’ont pas abouti, et l’Ige n’en a pas fait mention.

Le Quotidien a par ailleurs tenté d’entrer en contact avec Mme Touré pour obtenir sa version sur les allégations de l’Ige. Jusqu’à la parution de cet article, nous attendions sa réponse à nos messages écrits, faute d’avoir pu laisser de message vocal sur son téléphone. Nous rappelons que lors d’une interpellation concernant toujours sa gestion, elle a affirmé qu’avant son départ de l’institution, elle avait fait faire des audits, qui l’ont blanchie.

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